12 mai 2010

Jordanie, la suite.

Bonjour tout le monde,


Voici la suite de notre séjour jordanien...


Nous sommes au jour 284, à Aqaba, et avons la surprise de croiser Charles et Athenaïs que nous avions déjà rencontrés à Bosra en Syrie. Il est toujours amusant de croiser des gens que nous connaissons, alors que nous sommes bien loin de la maison et dans des pays où ne ne connaissons absolument personne. Nous avons déjà eu le joie de vivre plusieurs fois ce genre de coïncidences...

Nous mettons à profit notre dernière soirée à Aqaba pour découvrir les quartiers les moins touristiques de la ville et un peu s'imprégner de l'atmosphère du bazar. Le lendemain matin, nous avons la chance d'être reçus au village SOS de la ville.

Je pense que beaucoup d'entre vous doivent savoir en quoi consiste les villages SOS car des collectes de fond sont parfois menées en Europe à leur intention.

En Jordanie, il y a trois villages: celui d'Aqaba, celui d'Amman et celui d'Irbid, dans le Nord du pays. Celui d'Aqaba a été inauguré en 1992 et a été conçu par un brillant architecte Jordanien qui a d'ailleurs reçu en 2001 le 'Prix Agha Khan architecture' pour ce projet qui consiste en une série de maisonnettes, d'un ou de deux étages, construites en pierres de la région et regroupées autour d'une cour et d'un jardin richement fleuri. Septante-deux enfants, orphelins ou en grande difficulté familiale, ont leur foyer dans le village. Les maisons en comptent donc chacune neuf. Ces neuf enfants ont une maman 'SOS' et une famille est donc construite pour ces enfants dans le besoin. Les petits ne sont pas adoptables car les liens avec la famille d'origine et élargie sont maintenus dès que possible. Par ailleurs, l'idée est que chaque enfant puisse grandir et s'épanouir dans son pays, dans sa culture et dans sa religion. Le village comporte aussi un jardin d'enfants qui équivaut à nos classes maternelles. Ce jardin d'enfants est ouvert aux autres enfants du quartier et semble être apprécié; des nouvelles classes sont en travaux tant la demande de places est forte. Le but, outre d'apporter un petit financement extérieur, est de permettre aux enfants 'SOS' de côtoyer des enfants vivant la réalité quotidienne d'une famille biologique. Etant donné le travail que j'exerce en Belgique et le fait que nous voyageons avec nos enfants, la visite du village SOS nous a particulièrement intéressés.

Nous avons profité de notre visite pour laisser aux responsables un gros lot de matériel scolaire récolté grâce à vous tous. Il a été le bienvenu et les responsables du village nous ont demandé de transmettre leurs remerciements aux généreux donateurs belges.

Si tel devait être votre désir, il vous est possible d'aider le village SOS en sponsorisant un ou plusieurs enfants voire une maisonnette entière. N'hésitez pas à nous contacter pour de plus amples renseignements...

Par respect pour les enfants et le personnel (quasi exclusivement féminin), vous ne verrez aucune photo de l'intérieur du village sur le blog. Nous sommes convaincus que vous nous comprendrez...

Encore un grand merci à Faissal, Mayssoun et Mouna pour leur chaleureux accueil et pour leurs nombreuses explications.

Ce même jour, nous apprenons que l'opération entreprise sur des bébés siamois jordaniens (unis par l'abdomen) et réalisée par un grand chirurgien saoudien a abouti et que les enfants sont à présent hors de danger... Ces nouvelles nous réjouissent car bien sûr, notre séjour en Jordanie ne comporte pas seulement des histoires qui se finissent bien. (voir plus loin)...

Une fois Aqaba derrière nous se pose la question de savoir si nous repassons ou non dans la famille d'Aliya. Après moult discussions, nous choisissons de ne pas retourner les voir, d'une part pour ne pas briser la magie de la première rencontre, d'autre part parce que nous ne voulons pas qu'un mouton soit sacrifié à cause de nous. Nous décidons malgré tout de repasser dans le Wadi Rum parce qu'il est sur notre route et que nous le trouvons splendide. Nous optons donc pour la partie Nord dans laquelle l'accès est totalement libre. Baloo assure bien et nous nous retrouvons bien vite au milieu du sable et de la roche, dans un silence extraordinaire. Nous y restons quelques jours car nous aimons de plus en plus les déserts et la sensation de liberté qu'ils nous offrent. Et puis, c'est notre dernière occasion avant de nombreuses années, le retour à la maison approchant à grands pas!

Nous remontons ensuite la Jordanie par la célèbre route des Rois et atteignons rapidement Wadi Mussa, le village qui abrite la magnifique ville nabatéenne de Petra. Nous avions beau nous y être préparés, nous sommes quand même sidérés par le nombre de cars de touristes qui se trouvent sur le parking! Lorsque nous apprenons que la grande majorité des ces touristes visitent le site en un jour, nous sommes tristes pour eux car la ville est immense et certaines parties du site, comme le monastère d'Al Deir ou le Haut lieu d'El Madhbah (lieu des sacrifices) nécessitent une certaine condition physique tant il faut grimper pour y parvenir. Bref, soit ces gens devront visiter le site en galopant, soit ils se priveront d'une bonne partie, ce qui serait regrettable vu les tarifs appliqués et vu l'état excellent de conservation des bâtiments et tombeaux. Pour notre part, nous prenons d'emblée un ticket valable deux jours et nous promenons toute la journée avec nos enfants que nous avons grandement félicités tant ils se sont montrés courageux... Deux petits ânes les ont quand même un peu aidés pour l'une des grandes ascensions... Quant à la petite ballade à cheval (voir photo), le prix est inclus dans le billet d'entrée, que vous souhaitiez ou non la faire. Hormis la beauté du site et le jeu des couleurs qui varient en fonction de la position du soleil, nous avons été frappés par le nombre d'enfants, présents dès le matin, qui vendent des cartes postales ou autres babioles aux touristes. Nous avons un peu parlé avec une petite fille et lui avons demandé pourquoi elle n'était pas à l'école. Nous n'avons pas eu de réponse, elle a changé de conversation rapidement! Ces enfants sont donc à traîner toute la journée, parfois loin de leur parents, et doivent s'occuper comme ils peuvent. La gamine rencontrée s'inventait des histoires, dont sa préférée qui consiste à se jeter par terre du haut d'un muret devant les touristes, de faire mine de pleurer et à leur bondir dessus dès que ces derniers s'approchent pour l'aider. Hilarant, certes mais pas très normal quand on a huit ans seulement!

Le soir, sur le parking, deux voyageurs anglais se sont installés près de Baloo: Bonnie et Derren commence leur voyage qui devrait les mener d'ici un an en Afrique du Sud. Bon vent à vous, les amis...

Comme nous ne sommes pas encore las des pierres, nous consacrons notre troisième jour à Wadi Mussa à la visite de Little Petra, également appelé Siq Al Bared. Nous y sommes seuls! Quelle joie!

Bien que très touristique, la Jordanie permet encore des rencontres authentiques: ce jour, en achetant des fruits et des légumes, nous payons et voulons laisser la monnaie au vendeur qui la refuse en souriant. Il nous offre ensuite le thé qu'il agrémente de menthe fraîche. Il nous donne ensuite quelques branches de menthe pour que nous les emportions et puissions nous faire un thé semblable dans Baloo. A contrario, lorsque, plus tard, nous visitons le château de Shaubak, nous nous faisons littéralement virer du parking... Nous avions demandé à la police touristique le droit d'y passer la nuit ayant terminé notre visite assez tard (nous devons jongler avec les horaires afin d'éviter les heures d'affluence touristique). Ce droit nous avait été accordé sans problème par le policier responsable. Malheureusement, son chef, fier de ses galons, en a décidé autrement et c'est une fois bien installé qu'il nous a ordonné de quitter les lieux rapidement. Hop! Le temps de tout attacher, de fermer les fenêtres et de râler un peu (Silvio) ou beaucoup (moi), nous revoilà à la recherche d'un autre bivouac, à la grande joie de nos enfants qui y ont gagné une demi-heure d'école. Pas de soucis cependant, nous nous sommes installés un peu plus loin, aux abords d'un village. N'empêche, c'est ça aussi, la Jordanie: des gens très aimables et d'autres qui ne voient en vous qu'un moyen simple et rapide de se faire des sous, tel ce taximan à qui nous demandons notre route et qui nous répond de manière évasive. Libre à nous de le suivre, moyennement payement, évidemment... Nous le plantons là en lui répondant également de manière très peu précise.

Les visites se poursuivent et nous voici au château de Karnak. Mieux conservé que celui de Shaubak, il est par contre moins bien situé puisque situé dans la ville de Karnak. Impossible de bivouaquer là... De la route, nous repérons un vieux village et nous y rendons. Avant même que nous ayons eu le temps d'arrêter notre moteur, nous voilà conviés pour le thé par des habitants. Nous acceptons bien volontiers, comme à l'accoutumée, car nous apprécions beaucoup ces rencontres qui nous permettent d'appréhender autrement les pays que nous visitons. Le père de famille, Omar, nous invite bien vite à partager le repas du soir avec sa famille et me voici dans la cuisine, avec son épouse Siham, à éplucher des patates en vue de faire des frites! Quel régal!!! Nicolas joue à l'ordinateur avec Achmed et Nordin tandis que Romane essaie de communiquer avec les deux filles: Shahid et Shaba. Je vous avais expliqué, du temps de nos invitations en Iran ou aux Emirats, que la séparation des genres avaient parfois du bon pour nous car j'apprends toujours une foule de choses sur le quotidien des gens. Alors que Silvio parle boulot et a droit à des questions sur le prix de la vie en Europe ou sur les conditions d'obtention des visas pour la Belgique; du côté des femmes, on papote sur les conditions de vie des femmes, sur leur quotidien, sur le vécu des enfants, ... On me demande assez rarement quel est mon travail, étant entendu que je ne travaille pas et que je reste à la maison pour m'occuper de nos enfants. Les rares fois où nos hôtes me posèrent néanmoins la question, ayant appris que j'étais infirmière, je me suis retrouvée avec une dizaine de personnes à soigner! Donc, aujourd'hui, lorsque Siham me pose la question tant redoutée, j'explique vaille que vaille que je travaille dans un centre avec des mamans et des bébés en difficulté. Une chose en amenant une autre, je parle de notre visite au village SOS d'Aqaba. Siham se sent probablement en confiance... Elle me raconte la maltraitance que subit sa fille Shaba à l'école. La petite se fait taper dessus, reçoit des coups de règles, doit rester debout plusieurs heures par jour, sur une jambe, face au mur, ... Elle demande conseil... On se rend bien vite à l'évidence: il n'est pas simple de protéger les enfants dans un pays où, comme dans tous les autres pays musulmans, le respect absolu est dû aux anciens... Shaba a peur de se rendre à l'école et est complètement démotivée. Même son père, travailleur social, est perdu devant une telle situation...

Le lendemain, c'est le cœur lourd que nous voyons partir la petite à l'école, dans son uniforme impeccable, son lourd cartable au dos. Nous sommes conviés à un dernier thé avant notre départ et rencontrons le grand-père, Ablelnassir, fermier de son état, qui nous montre l'étendue de ses plantations, ses bêtes et son âne préféré. Nos pensées sont cependant du côté de la pauvre Shaba...

Le paysage serpente, splendide, au travers des montagnes. Nous descendons jusqu'à nous trouver à moins trois cents douze mètres , à 'hauteur' de la mer morte. L'expérience, bien qu'irritante, vaut le coup! Nous n'avons vraiment pas compris pourquoi des bouées sont vendues aux abords des rares plages tant il est impossible de couler. La salinité vous porte. Les reflets argentés de la mer, ses dépôts blanchâtres de sel et le soleil nous offre un agréable moment dans ce lieu qui, en d'autres heures et d'autres saisons, n'est que fournaise et moiteur.

Nous arrivons plus tard à Madaba que nous ne visitons pas tant il y a du monde. Nous passerons néanmoins au Mont Nebo, lieu où Dieu montra à Moïse la Terre Promise qu'il ne pourra pas atteindre. De fait, outre les mosaïques dans un excellent état de conservation, un panorama vous permet de voir Jericho et paraît-il, Jérusalem. Pour cette dernière, il faudrait qu'il fasse moins chaud afin que l'évaporation des eaux de la mer morte ne forme pas un léger brouillard.

La Jordanie n'est pas avare de sites à découvrir et bien que les enfants aient eu leur dose de pierres et cailloux en tout genre, nous passons quand même visiter Jérash. Il fait très chaud, ils ont dur, nous aussi. Cependant, nous les motivons avec la promesse d'un repas au restaurant. Ca marche! Nous visitons donc cette ville romaine, étonnement bien préservée et dégustons un succulent repas jordanien au restaurant le plus proche avant d'aller bivouaquer sur les hauteurs de la ville, au beau milieu des plantations d'oliviers.

Le lendemain, nous nous mettons en quête de viande pour le repas. Lorsque Silvio demande au vendeur si il a de la viande ou du poisson, il nous emmène dans le poulailler! Il ne nous reste qu'à choisir, tuer, déplumer et vider le volatile de notre choix! Le choix en question est vite fait: nous achetons des œufs...

Nous parcourons, sous un forte chaleur, le site de Umm Qeis qui sera le dernier que nous visiterons en Jordanie. Demain, nous quitterons le pays et repasserons en Syrie pour notre plus grand bonheur. Certes, les 'Welcome in Jordan' nous manquerons un peu mais nous savons que les Syriens seront également toujours prompts à nous aider si cela s'avérait nécessaire...

A bientôt, donc, sous le ciel syrien.


Posté par Le scrap du ry à 11:24 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Jordanie, la suite.

    Et voilà de nouveaux souvenirs qui viennent remplir vos mémoires, tu nous fais vraiment voyager avec vous.
    J'ai bien reçu ton mail, 9 jours après que tu l'ai envoyé !même internet a des soucis.
    Pour le scrap, tu n'imagines même pas l'évolution des produits, comme on avance.
    je vais voir vos photos.
    gros bisous à tous et bonne continuation

    Posté par Audrey Vast, 13 mai 2010 à 09:23 | | Répondre
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