29 mai 2010

Retour en Syrie

Bonjour à vous tous,


Nous espérons que ces nouvelles vous trouveront en bonne forme et que le printemps a pointé le bout de son nez là où vous nous lisez.

De notre côté, il fait toujours beau et chaud, voire très chaud. Nous sommes au jour 296, déjà, et repassons la frontière vers la Syrie en venant de la Jordanie. Le passage se fait rapidement bien que nous n'ayons pas de visa syrien. En effet, celui obtenu à l'aller, au poste frontière avec la Turquie étant à entrée simple, il nous faut donc en racheter un nouveau. Toutes les démarches (visas, CPD, taxes, assurances, contrôle du véhicule) se font en un temps record. Ah... Quand on pense à toutes les rumeurs qui circulent sur la soi-disant difficulté de rentrer en Syrie! Dommage car cela rebute bien des voyageurs. Pour parfaire ce passage de frontière, nous retrouvons des voyageurs allemands que nous avions rencontrés à Damas il y a près d'un mois. On échange nos impressions, globalement bonnes, sur la Jordanie...

André Parrot, un archéologue, a écrit ' Chaque homme a deux patries; la sienne et la Syrie'. Il faisait référence aux nombreux sites anciens que compte le territoire syrien et qui furent les berceaux de différentes civilisations. Cependant, cette petite phrase nous sied bien car nous nous sentons vraiment à l'aise en Syrie et sommes ravis d'y séjourner à nouveau quatorze jours.

Directement, la gentillesse syrienne nous émeut. Alors que nous faisons nos courses dans une grande surface de Nabek, le commerçant nous reconnait bien que notre précédent passage remonte déjà à plusieurs semaines. Il fait notre compte et nous offre ensuite des barres chocolatées et des marrons. Alors que nous rangeons les marchandises achetées dans Baloo, les habitants de la maison en face de laquelle nous sommes garés arrivent, nous saluent et nous offrent le repas: un grand plat de riz au safran avec du poulet et une salade! Le ton est donné.

Nous filons vers la monastère de Mar Moussa que nous avions déjà visité. La Jordanie manque d'eau et nous savons qu'il y a un robinet public sur le parking. Nous avons des lessives en retard et notre réservoir est presque vide. Par ailleurs, nous avons envie de calme et de repos dans un lieu où il n'y a généralement pas de cars de touristes. Enfin, nous savons que les enfants peuvent jouer dehors tranquillement tant l'endroit est sûr. Nous retrouvons nos amis allemands alors que nous les pensions déjà plus au nord (ben oui, ils n'ont pas d'enfants à scolariser et avancent donc plus vite que nous).

Plus tard, nous visiterons un des plus beaux châteaux du Proche-Orient: le Cracq des Chevaliers. Son état de conservation est impressionnant tout comme les systèmes de défense dont il était pourvu: fossés multiples, mâchicoulis en tout genre, double enceinte, ... Les enfants aiment!

Romane se voit offrir une rose par une petite fille qui passe près de Baloo et, rassurée par son environnement, décide de créer un village de Chevaliers sur le trottoir. Rapidement, d'autres enfants se joignent à elle.

Nous avons volontairement écartés des sites 'à pierres' pour ce second passage en Syrie, d'une part parce que les enfants en avaient un peu ras le bol, d'autre part parce que nous voulons varier les plaisirs, ce qui est faisables dans un pays si riche de curiosités mais compliqué lors d'un court séjour. Des choix s'imposent donc! C'est ainsi que nous prenons la route de Hama, dont notre guide parle peu mais qui nous ravi. La ville est traversée par l'Oronte et des grandes roues à eau, appelées 'norias', fonctionnent encore le long du fleuve. Les norias sont immenses et nombre de jeunes de la ville viennent se rafraîchir et jouer avec les roues. Ils s'accrochent à une aube, se laissent porter vers le haut et sautent dans le fleuve. Jeux dangereux, quand on sait qu'il y a parfois des embouteillages là où ils atterriront et que la noria ne cessera pas son mouvement pour leur permettre de se dégager si nécessaire. Nous sommes vendredi et partageons un moment de vie avec les Syriens en mangeant des 'gougouilles' dans le parc de la ville. Un excellent moment, qui nous changent de tout ce que nous avons vu ces dernières semaines.

Nous bivouaquons au milieu des plantations d'oliviers, certains d'y être au calme. Que nenni!!! A peine installés, nous avons la visite des ouvriers agricoles qui nous proposent de les suivre chez eux pour un thé ou un café. Nous refusons pour cause d'école. Un peu plus tard, d'autres travailleurs arrivent avec la même proposition. Rebelote une troisième fois. Le quatrième a venir se voit accepter son café parce qu'il balaye notre objection en nous montrant que si nous ne pouvons pas venir, ce n'est pas grave parce que lui peu aller chercher de quoi nous abreuver! Le lendemain matin, nous avons la visite de la police qui se demande ce que nous faisons dans un endroit si isolé! Après un rapide contrôle, nous les rassurons. Non, nous ne nous sommes pas sentis trop seuls et n'avons manqués de rien...

Nous partons pour le massif calcaire, un région montagneuse riche en blocs de calcaire (d'où le nom) qui servirent à la fabrication des maisons et églises des villages byzantins. Nous nous baladons tranquillement, seuls; le paysage est splendide et les villages, encore nombreux, se découvrent un peu au hasard des routes que nous empruntons.

A Ebla (aussi appelé Tell Mardikh), où nous avons bivouaqué, nous pensions visiter le site mais nous avons été invités. Pas d'écoles, les enfants jouent dehors, pas d'excuses pour refuser. De toute façon, nous aimons certes les pierres mais nous préférons les visages! C'est ainsi que nous arrivons chez Hassan qui nous présente rapidement sa très grande famille. Difficile ici, d'expliquer pourquoi nous n'avons que deux 'babies' – les enfants ne sont guère enchantés d'entendre parler d'eux en ces termes – alors qu'il est courant, en Syrie, d'en avoir sept, huit, voire plus de dix. Nous leur expliquons qu'en Belgique, c'est souvent ainsi, que la famille se limite à quelques personnes, que les anciens, pour la plupart, terminent leurs jours en maison de repos ou à l'hôpital, et que de nombreuses personnes prennent des antidépresseurs tant elles souffrent de solitude. Ils restent abasourdis! Eux se disent simples voire pauvres mais heureux d'être entourés même si cela demande des sacrifices sur le plan financier. Bien sûr, on se doute, à voir la quantité de travail qui échoue aux femmes, que certains sont quand même plus heureux que d'autres... Ensuite, nous entamons un autre sujet qui les tracasse: ils veulent savoir pourquoi les Occidentaux ont souvent peur de la Syrie. On esquive assez facilement en leur disant que ce n'est pas le cas de tout le monde puisque nous sommes là avec eux!

Nous partageons leur repas et donnons un cours particulier à Mustafa qui commence ses examens universitaires sous peu. Il apprend la langue de Molière et se destine à l'enseignement. D'où la complexité de nos conversations. Vers une heure du matin, nous tombons de fatigue mais ils refusent de nous laisser rentrer dans le camion, indignés par le fait que nous ayons seulement pu y penser! Nous sommes leurs invités et ils nous cèdent une chambre!!! Nous passons une nuit blanche! Le bruit, en Syrie et en Orient en général, ne semble gêner que nous mais, quand le père de famille décide de réparer sa barrière métallique à l'aide d'un marteau au beau milieu de la nuit; on se dit que là, quand même, les voisins ne doivent pas beaucoup apprécier, d'autant que vers cinq-six heures du matin, le muezzin est au rendez-vous. Nous prenons le petit-déjeuner les yeux mi-clos et alors que nous remercions et proposons de reprendre la route, nous sommes conviés à partager le repas de midi dans la famille d'Akram, un des frères déjà marié. Nous changeons donc de maison, non sans avoir laissé à Hassan, instituteur, des caisses de crayons pour ses élèves. Une fois de plus, nous ratons la visite de l'école car les élèves sont déjà en période de contrôles et nous ne voulons pas les perturber.

Nous prenons donc le repas, de la maklouta, avec Akram et sa famille après que nos enfants aient expliqué aux leurs les règles d'Uno et de Mikado.

Nous souhaitons découvrir le djebel Samaan, une autre région du massif calcaire, celle où se trouvent les ruines de la basilique de Saint-Siméon. Le site nous plaît beaucoup, notamment de part sa situation en hauteur qui offre un très large panorama et permet de découvrir d'autres restes de villages byzantins. Les enfants jouent à qui trouvera le plus de lézards.

Ce jour est un jour à marquer d'une croix blanche pour nos gamins! Nous sommes par hasard tombés sur un 'Mall'!!! Un vrai de vrai, avec un Carrefour et tout et tout. On ferme les yeux, on respire les mêmes odeurs que dans les Mall Emiratis, on les ouvre et on voit des gardes de sécurité et des techniciens de surface, comme aux EAU. Dans le Carrefour, tout est bilingue anglais/arabe. On trouve quelques fromages français à défaut de dénicher de la charcuterie de porc. On a même la joie de se prendre une collation de maïs au fromage, comme nous aimions tant le faire aux EAU... C'est fou! On ne pense pas à la Belgique en ce moment, l'atmosphère est différente et le Carrefour, nettement moins désordonné que celui que nous connaissons. Mais voilà, on se rend compte que nos repères ont un peu changé quand même car les Emirats ont constitué une étape spéciale dans notre voyage. Les enfants, en tout cas, ont trouvé la journée super grâce à cette petite heure passée dans ce temple de la consommation. A chacun son voyage, n'est-ce pas...

Nous décidons de bivouaquer quelques jours dans un tout petit camping familial car nous approchons d'Alep et savons qu'il est ardu de trouver un endroit à la fois sûr, autorisé et calme en ville. Notre choix se porte sur le camping Salaam, tenu par une compatriote et par son époux syrien. Nous passons d'excellents moments à papoter, à découvrir le jardin où sont plantés de nombreux arbres fruitiers que nous ne connaissions que de noms, à admirer leur petit garçon, à apprendre à replanter des pois chiches, ... De moins bons aussi; il faut lessiver et faire le grand ménage dans Baloo.

Nous partons à la découverte d'Alep, des ses souks traditionnels labyrinthiques, des ses savonneries, de ses mosquées, de sa citadelle, de ses khans (caravansérails). Nous ne sommes pas déçus. Damas, Alep; tellement différentes et pourtant, partout, cette ambiance orientale. Un délice!

La Syrie n'est pas qu'un vaste désert. L'eau y est bien plus présente et facile à trouver qu'en Jordanie. Les Syriens ont pu créer des lacs de retenue dans le but de faciliter l'irrigation des champs tel le lac Al Assad sur lequel trône le Qalaat Jaber. Le château est fort ruiné mais sa situation est assez exceptionnelle pour mériter que l'on s'y attarde un peu. De toute façon, il est sur notre route car nous remontons vers la Turquie de l'est. A un euro cinquante le litre de fuel en Turquie contre trente cents (cinquante-cinq si on tient compte des taxes payées à l'entrée) le litre en Syrie, nous préférons rouler de ce côté-ci de la frontière, d'autant que les routes syriennes sont en bien meilleur état que les routes de l'Anatolie de l'est. C'est ainsi que nous avons la joie de découvrir Résafé, un site romano-byzantin, implanté en plein désert. Là encore, c'est la situation, entre autre chose, qui différencie ce site des nombreux autres que nous avons découverts.

Nous voilà donc bien proche à présent du point de passage que nous avons choisi vers la Turquie.

Nous sommes déjà nostalgiques à l'idée de quitter la Syrie qui est aussi le pays des derniers dromadaires, des derniers déserts, des derniers pains arabes, des derniers keffiehs, des derniers 'Salaam Aleikoum', ... Nos notions d'arabe s'avéreront très bientôt inutiles. Oui, nous avons aimé les pays arabes, l'accueil inconditionnel des syriens, le coût de la vie, le soleil, etc. Nous aimons aussi la Turquie mais quitter la Syrie, c'est quitter une région et une culture. C'est aussi aller vers le nord, le moins chaud et le plus pluvieux. C'est retrouver les pays chers mais aussi, heureusement, pour atténuer la peine, se rapprocher des êtres qui nous sont chers et que nous avons envie de revoir.

Nous ne passons pas la frontière seuls, une surprise nous attend...

Laquelle? Vous le saurez prochainement en nous lisant :-)).

Posté par Le scrap du ry à 15:22 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


Commentaires sur Retour en Syrie

    très beau , instructif , intéressant

    Posté par daniel, 29 mai 2010 à 15:47 | | Répondre
  • Merci, chère Françoise, de votre long mail à propos de la Jordanie. J'en prends bonne note et ne manquerai pas de vous demander conseil en temps voulu. Mais il y a d'abord le Vietnam et le Camùbodge en novembre. J'espère vous revoir avant.
    Merci aussi de nous faire partager votre expérience Syrienne. Cela reste passionant pour moi. Bonne continuation. A la joie de vous relire. Bien à vous. Marie-Noëlle.

    Posté par marie noelle, 29 mai 2010 à 17:03 | | Répondre
  • Je suis fan de vos réçits, de votre voyage. Merci de partager avec nous ces purs moments de bonheur pour vous. A voir toute vos photos, il n'y a pas de doutes a voir, les pays que vous traversez sont merveilleux et que de souvenirs.......merci.
    Maintenant j'ai hâte de savoir la surprise !!!!
    Cécile
    ps : je ne sais pas en Belgique, mais aujourd'hui en Picardie, il pleut !!

    Posté par scrap-ce, 30 mai 2010 à 02:04 | | Répondre
  • Bonjour,
    nous sommes impatients de connaître la suite ...
    J'ai 2 amies qui ont été dernièrement en Syrie et elles n'en sont pas revenues déçues. Cela ne m'étonne donc pas trop de lire tes commentaires sur la Syrie.
    Pour l'instant en Belgique, ce n'est pas top au niveau du temps.
    Catherine

    Posté par Catherine, 01 juin 2010 à 20:28 | | Répondre
  • Coucou la petite famille,

    cela fait quelques jours que j'ai vu que tu avais écrit mais pas le temps de lire ton récit, aujourd'hui c'est chose faite et on vous sent enthousiastes par ce pays.
    Dire que vous touchez bientôt au but et on sent une certaine nostalgie de vite retrouver vos proches, ce qui est bien compréhensible, mais quel chemin parcouru depuis l'année dernière!
    C'est formidable!
    De gros gros bisous à tous les 4 et longue route avec vite vite savoir qu'elle est la surprise !!!

    Posté par Audrey Vast, 05 juin 2010 à 08:21 | | Répondre
  • bien le bonjour !

    Cmme vos photos sont magnifiques....j'en ai d'ailleurs fait le fond de mon écran d'ordi au boulot....on voyage comme on peut
    Nicolas, est-il de meilleure humeur ?
    Romane a en tt cas l'air de bien savourer votre aventure !
    A bientôt alors...ça tire à sa fin
    Gros bisous à vous !

    Posté par sylviane, 06 juin 2010 à 15:37 | | Répondre
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