03 juillet 2010

Turquie quatrième

Bien le bonjour,


Le jour 341 nous voit traverser la frontière entre la Géorgie et la Turquie. Pas de grosses surprises, c'est notre quatrième séjour en Turquie, nous savons à quoi nous attendre. Pendant que Silvio fait tamponner son passeport et s'occupe des papiers de Baloo, je pars de mon côté avec les enfants, histoire de les occuper. Il me faut acheter un nouveau visa, puisque les Belges ont cette obligation et que le dernier n'est plus valide. De bureau en bureau, je finis par trouver le bon et me mets dans la file d'attente, constituée d'une dizaine d'hommes. Le guichetier se met à vociférer et les hommes de la file s'écartent. Ils me font signe de passer, à moins, seule femme de la pièce. Ah! Ils ont été réprimandés pour ne pas avoir été galants!!! Je savais que dans les pays arabes, une femme dans une file avait systématiquement la priorité (et donc, c'est moi qui me chargeait des passeports quand les files étaient longues!) mais j'ignorais que ce principe s'adaptait également à la Turquie... Munie de mon visa, je me rends à la police le faire tamponner et faire cacheter les passeports des enfants. Même scénario: nous nous plaçons en fin de queue, un homme dans le bureau sort, crie un peu et me dit de son plus bel anglais: 'Please, follow me'. J'obtempère, passe par la porte latérale du petit bureau et devant les hommes sidérés, je dépasse tout le groupe! Ah, ah, ah ... Ils en font une tête! Lorsque je remercie et salue en turc, le guichetier me gratifie de son plus beau sourire.

La Turquie, on ne vous l'a pas encore appris, est le pays du 'Güzel'. Tout ici doit être 'güzel' (joli): les routes, les maisons, le bébé de la famille, la grand-mère édentée, la mer, ... Il n'a pas fallu deux minutes pour qu'à la frontière déjà, on me demande 'Turkey güzel?'. Alors, je réponds inlassablement: 'Evet, güzel'. Les gens sont heureux de la réponse. Cependant, ce n'est pas toujours si simple car dans les faits, tout n'est pas joli! Que faire alors? Risquer de vexer notre interlocuteur en n'acquiesçant pas ou risquer de le vexer en le prenant pour un idiot? Parce que la personne en face de nous se rend bien compte que certaines routes sont salement abîmées, que la grand-mère, bien qu'adorable, a passé l'âge d'être 'güzel' et que le bébé serait plus 'güzel' si il était un peu plus propre. Tout est donc affaire de tact... Parfois, c'est assez fatiguant. Ainsi, lorsqu'une grande lassitude nous saisit, on joue les ahuris, ceux qui ne comprennent rien, ni aux mots, ni au gestes et on s'en tire sans blesser personne!

Pour l'instant, il y a du 'güzel' et du moins joli.

La route qui relie Batumi à Samsum est d'excellente qualité. Nous filons entre les plantations de thé qui garnissent les flancs de collines à notre gauche et les flots de la mer noire à notre droite. Par contre, la météo est triste, grise, pluvieuse, à la Belge. Alors, on ferme tous les yeux (sauf Silvio qui conduit), on se concentre très fort et on parvient à sentir l'odeur familière des frites!

Sur le périphérique de Samsum, on croise une voiture, qui nous dépasse un peu plus tard, que nous redépassons, et ainsi de suite en fonction de l'avancée de nos files respectives. Les occupants nous font de grands sourires et de grands gestes. Ce petit jeu dure de nombreuses minutes. Finalement, ils nous tendent un sac plastique que je ne peux attraper. Il faudrait qu'ils se calment car nous sommes parvenus sur la voie rapide et le danger est réel. On se gare donc sur le bas côté et ils nous donnent le sac en question. En fait, il s'agit de deux cadeaux qu'ils tiennent absolument à nous offrir: une bouteille de parfum et un bracelet de prière dont chaque perle est décorée d'un œil de Fatima. On les remercie chaleureusement et ils reprennent leur route. C'est ça aussi, la Turquie, des gestes vraiment 'güzel' :-).

Nous ne visiterons pas grand chose sur le trajet qui nous mènera, sur plus de mille cinq cents kilomètres, de la Géorgie à la Grèce. D'abord, il n'y a pas grand chose à voir sur le tronçon que nous empruntons; ensuite, le climat n'est pas à la fête. Nous avons ainsi laissé derrière nous le monastère de Sumela tant les montagnes qui l'abritent étaient perdues dans un épais brouillard. Par contre, nous tenons à voir Safranbolu. Safranbolu est une petite ville vraiment... disons... 'güzel' et classée au patrimoine de l'Unesco. Touristique mais pas trop, fréquentée par quelques japonais, quelques voyageurs individuels et des familles turques, il fait bon s'y promener. Le temps s'est enfin dégagé et nous avons même droit à du soleil. Les boutiques affichent des prix honnêtes et, plus loin, hors des quelques ruelles centrales comprises entre les deux principales mosquées, les rues sont carrément désertes. Nous apprécions cette pause à sa juste valeur. Nous errons jusqu'à en oublier l'endroit exact où nous avons garé Baloo. Romane nous informe en un instant; ce sera à gauche, à gauche, à droite et encore à droite! Comme nous n'avons pas de meilleure proposition, nous nous prêtons au jeu et suivons ses directives... qui s'avèrent cent pour cent exactes! Nicolas, que je taquine souvent à propos du prétendu sixième sens féminin, en a la chique coupée! Nous aussi!!!

Arrivés sur l'immense périphérique d'Istanbul, un camion passant de la seconde bande de circulation à la première afin de quitter l'autoroute, nous cogne. J'avais crié à Silvio de ralentir puisque, étant assise à gauche, je l'avais vu venir. Encore heureux, sans quoi, nous aurions eu des dégâts bien plus importants que deux rétroviseurs et un phare cassés. C'est ça aussi, la Turquie, des centaines de gros camions qui roulent vite et dangereusement. Nous ne savons même pas si le camionneur s'est aperçu de quelque chose car il ne s'est pas arrêté. Moins 'güzel', donc. Si nous avions décidé de voyager en Mini Cooper ou en Deuche, on ne serait probablement plus là pour vous narrer l'incident!

On passe le Bosphore. L'ambiance dans Baloo est morne; les enfants sont blasés, Silvio et moi nous regardons et pensons à la même chose. Il y a neuf mois et demi, lorsque nous traversions le détroit en sens inverse, nous étions tout fous. Nous entrions en Asie. Là, nous en sortons et c'est bien moins excitant! Alors, pour nous consoler et pour faire plaisir à Romane qui en raffole, nous grignotons des 'Simit', petits pains en forme de grands bracelets et saupoudrés de graines de sésame.

Certains parmi vous nous ont envoyé des messages pour savoir ce que nous visiterions dans le sud de la Turquie. Nous n'y sommes pas allés! D'une part, les autres voyageurs que nous connaissions et qui nous avaient précédés avaient été très déçus: beaucoup trop touristique, sites encombrés comme le marché de la gare du midi un dimanche matin, prix déraisonnables et donc, perte de l'authenticité et de l'âme turque. D'autre part, et de ce fait, nous avons choisi de visiter le Caucase, ce qui ne nous laissait plus autant de temps pour le sud que nous aurions dû visiter au pas de courses. Nous avons donc choisi de mettre ce temps à profit pour découvrir la Bulgarie et la Roumanie qui devraient être moins touristiques et donc, beaucoup plus authentiques. Enfin, et surtout, nous avons énormément apprécié la Turquie profonde, l'Anatolie orientale, les hauts plateaux, le pays kurde, les villages reculés, ... et nous ne voulons pour rien au monde risquer de ternir l'image que nous avons de la Turquie aimée lors de nos précédents séjours. Nous visiterons un jour le sud de ce grand pays mais en aucun cas durant la haute période touristique. Nous pensons, et l'expérience des voyageurs nous ayant précédés nous le confirme, que nous ne pourrons pas apprécier un 'Ephèse' dont les colonnes et la bibliothèque sont masquées par des hordes d'allemands en shorts et en 'Marcel', le dernier modèle de chez Canon en bandoulière (ceci étant dit avec tout le respect que nous leur devons), un 'Pamukkale' entre aperçu derrière des barrières, et des plages, certes magnifiques, mais bondées et bordées par des hôtels en béton. Nous avons connu des endroits sauvages et déserts (dans les deux sens du terme) ainsi que l'accueil inconditionnel, nous avons été libres de dormir où bon nous semblait et de partager le thé avec des locaux juste pour le plaisir, nous avons pu recevoir beaucoup et donner aussi, nous l'espérons, en retour. Nous souhaitons plus que tout conserver ces souvenirs précieux et les gâter le moins possible.

Nous quittons la Turquie sans un mot des douaniers turcs, absorbés par les matches du Mondial.

Voici, la Grèce et l'heure pour moi de vous laisser pour cette fois-ci...


A très bientôt.

Posté par Le scrap du ry à 16:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Turquie quatrième

    Ah ! les filles sont les meilleures !!! Bravo Romane. Nous sentons dans votre texte la nostalgie d'un merveilleux voyage qui arrive à son terme ...................
    Bises

    Posté par scrap-ce, 03 juillet 2010 à 17:41 | | Répondre
  • Chers 4,

    oui un peu plus de lassitude dans cet écrit j'ai l'impression, une petite pensée dans le coin de votre esprit qui vous rappelle que dans peu de temps vous rentrez chez vous.
    Alors profitez en jusqu'au dernier moment, vous avez des souvenirs à foison et maintenant vous repassez par la Grèce, là j'aimerais être petite souris dans un coin de Baloo pour faire cette traversée avec vous. Ah la Grèce, mon rêve !
    D'énormes bisous à tous les 4 , je pense à vous.

    Posté par Audrey Vast, 04 juillet 2010 à 08:04 | | Répondre
Nouveau commentaire