Bonjour à tous,

 

Nous espérons vous trouver tous en grande forme, la tête pleine de projets pour aborder la saison estivale.

De mon côté, je me décide à poster quelques nouvelles pour les personnes parmi vous qui ne nous ont pas oubliés et qui nous envoient encore, parfois, un petit mot.

Neuf mois que nous sommes rentrés! Le temps d'une grossesse...

L'heure de l'accouchement a sonné. Mais il n'y a rien. Pas de nouveau bébé. Pas de projet. Pas de certitudes. Pas l'ombre d'un départ. Rien. Le néant.

Nous ne sommes partis qu'un an mais ce départ faisait déjà suite à une profonde remise en question par rapport au sens de la vie. Nous avons expérimenté autre chose et vécu en mettant en avant d'autres priorités que celles que nous avions avant le voyage. Nous savons que d'autres voyageurs, voire certaines familles d'expatriés, ont difficile à recouvrer un équilibre une fois de retour et ce, quelle que soit la durée de vie ailleurs et quel que soit cet “ailleurs”. Certaines autres familles se réadaptent rapidement et reprennent leur existence d'avant. D'autres familles ferment une fois pour toute la parenthèse, d'autres encore repartent, d'autres enfin partagent leur ressenti avec des familles 'qui peuvent comprendre' et enfin, moi, je décide de partager notre vécu sur notre blog car, si il est bien une question qui inquiète les futurs voyageurs, c'est celle du retour!

Nous n'avons pas vécu que des moments faciles en voyage, ceux qui nous ont suivi et qui nous ont lu le savent bien. Par contre, même en Iran, nous nous sommes sentis libres en ce sens que nous pouvions dormir quasiment n'importe où, que nous pouvions organiser nos journées comme bon nous semblait et que si je devais porter le foulard, je ne devais par contre porter aucun masque puisque je pouvais être moi-même.

Par ailleurs, nous n'avions aucune obligation à cotoier des gens que nous n'avions pas envie de voir. Souvent, les gens venaient vers nous et nous offraient de partager une parole, un thé, un repas, une nuit dans leur maison, … Pas d'engagement, pas de vaines promesses, pas d'attente. Carpe diem, dans le respect de la différence. Libres ils sont de garder contact avec nous au delà des frontières. Libres nous sommes de faire de même. Et aujourd'hui encore, nous avons des contacts avec des Iraniens, des Syriens, …

Se réveiller chaque matin dans un nouveau lieu nous émerveillait et nous offrait chaque jour de nouvelles choses à découvrir. Des nouveaux challenges, aussi: une nouvelle langue voir un nouvel alphabet, de nouvelles rencontres, des tracasseries administratives, … Mais du changement, toujours. Rien n'était jamais monotone même si nous avions une certaine routine dans le camion...

Casimir a deux nouvelles copines, des lapines bélier prénommées Noisette et Chataigne.

 

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Nicolas et Romane réussissent toujours très bien à l'école. Romane poursuit sa quatrième année et apprend de nouvelles choses. Nicolas, en sixième, ne fait que revoir ce qu'on lui a enseigné l'an passé. Il passera son CEB dans quelques semaines. Ils ont des amis et les contacts ont repris tout à fait simplement. Ils font du sport et Romane apprend à jouer de la flûte traversière. Et puis, il y a le reste. Ce qu'on aime beaucoup moins... Ils savent que jouer avec des simples cailloux sur les bords d'une rivière est un jeu de bébé, que ne pas possèder un iphone voire un ipad à onze ans fait d'eux des loosers, que si les parents refusent qu'ils jouent à GTA, c'est que ces derniers sont des c..., que l'école est obligatoire mais qu'il faut se battre pour pouvoir s'inscrire dans une école qui soit à la fois de qualité et proche de chez soi, que papa peut avoir une contravention en roulant à du 140 la nuit sur une autoroute déserte mais qu'un autre conducteur, qui tue un enfant en conduisant ivre sera innocenté, … et puis, ils voient et analysent ce que nous, les parents, vivons.

Silvio, bon petit soldat, a repris son travail. Il quitte la maison très tôt, pour rentrer très tard et assez fatigué. Le week-end, comme tout le monde, on court partout pour faire ce qui n'a pas pu être fait en semaine. Il ne se plaint pas. Jamais. Ce n'est pas son genre... Il se contente de regarder les camping-car des touristes hollandais sur le sol belge et analyse le bivouac qu'ils se sont choisis. Les vieux reflexes reprennent le dessus.

Pour moi, toujours contestataire, les choses se sont passées autrement.

Je terminais une formation de cinq ans avant notre départ. Je m'attendais à obtenir mon diplôme à mon retour. Il n'en fut rien, magré d'excellents résultats. Les formateurs ont changé les règles du jeu en cours de cursus et qui ne fait pas leurs quatre volontés voit son diplôme pris en otage. Peu de recours possible. Et de toute façon, qui a déjà eu affaire à la justice belge ne se risquera jamais à porter l'affaire au tribunal. Ils le savent et en profitent. Cela se passe en Belgique, en 2011! Nouvelle leçon de choses pour nos enfants: vous étudiez pendant cinq ans, ne manquez pas un cours, rendez tous vos devoirs dans les temps, faites de superbes résultats et, bien sûr, payez des sommes assez consquentes mais n'obtenez aucun diplôme. Il va leur en falloir, de la volonté pour faire des études après ça!

Autre fait notoire, je me suis faite licencier. Par mon voisin devenu directeur pendant notre absence (c'est bien ma chance d'être tombée sur lui alors qu'il y a onze millions d'habitants en Belgique!). Après onze ans de boite dont un réengagement après un départ volontaire. Sans autre raison sur le C4 que “mésentente” (après onze ans, il était temps de s'en rendre compte!). Sans jamais avoir reçu une quelconque remarque. Jalousie? Toujours est-il que j'ai été remplacée par quelqu'un de moins qualifié que moi. Et que ma chef de service, également moins qualifiée et qui commet erreur sur erruer, est toujours à son poste. C'est comme ça, dans certains centres médicaux en Belgique. On peut commettre toute les erruers qu'on veut tant qu'on ne remet pas le fonctionnement de la boite en question. Et tant pis si des enfants meurent ou si d'autres rentrent en week-end pour se faire sexuellement abuser à deux ans. C'est dur à lire mais ce sont des faits rééls.

Pendant plusisuer mois, j'ai été détruite psychologiquement. Jusqu'au jour où j'ai compris qu'en fait, mon licenciement était une chance. Bon, je ne peux pas me la couler douce au chômage car je suis infirmière et l'onem se charge de me trouver du boulot, tous plus foireux les uns que les autres. En cas de refus, je me fait à nouveau licencier. Du chômage, cette fois. Donc, je préfère me détacher de cet organisme même si les fins de mois sont moins roses qu'avant. Mais bon, en contrepartie, je ne suis plus complice de leurs agissements. Je ne passe plus ma vie à essayer de la gagner. Je ne paye plus des frais de déplacements exhorbitants pour avoir le droit de travailler et d'être taxée à 55%, mes gamins ne passent pas leurs vacances à la plaine, je fais mes courses autrement, je chine et restaure différents petits objets, … Je suis passée experte dans l'art de la procrastination. Bref, je vis un peu comme en voyage: je fais le minimum obligatoire et le reste de temps, je gère à ma guise. Je fréquente qui je veux, je souris à qui j'ai envie, … Je ne dois rien à personne.

Mais que dire, une fois encore, à nos enfants? Travailler bien, ne soyez jamais malades, soyez juste et ayez une certaine éthique personnelle ainsi vous vous ferez licencier!

Si Romane est encore loin de toutes ces considérations, Nicolas, toujours aussi épris de justice, est révolté...

Les gens veulent entendre qu'ici, en Belgique, on est bien. On est même mieux que partout ailleurs, il paraît... Peut-être. Mais ailleurs, on ne nous a pas fait le mal qu'on nous a fait en Belgique en quelques petits mois. Ailleurs, on n'a jamais ressenti la solitude ressentie ici alors qu'ailleurs, on ne connaissait personne. On nous parle de ce que la Belgique offre sur le plan social. On entend mais on n'y croit pas. On n'a jamais rien eu, aucune bourse, aucune prime, juste un credit-temps, largement payé par nos multiples cotisations et taxes. Maintenant que je vivrais bien du chômage, je n'y ai pas droit. Par contre, Silvio a toujours le droit de cotiser... Idem pour les pensions.

Après neuf mois, on continue à se faire insulter alors qu'on n'oblige personne à nous fréquenter. Toutes ces insultes nous blessent. Certaines nous font sourire aussi. Ainsi, un membre de notre famille qui nous traite de 'raciste'.

On a changé de nom aussi. Nous nous appellons “ça”. Parce que quand on a voyagé, on ne peut plus se plaindre de rien. Si vous trouvez que le pain coûte cher, on vous répond “Ca sait faire le tour du monde – ce qui est faux pour tout qui connait un tant soit peu sa géographie – et ça rouspète sur le prix du pain”. Si vous trouvez superflu de payer l'ipad dont je parlais plus haut à votre fils, vous entendez: “Ca sait s'acheter un camion mais ça refuse de gâter son enfant”... C'est d'ailleurs vrai, 'gâter' notre enfant et en faire un fruit pourri avide de posséder n'est pas vraiment dans nos projets...

 

Alors, nous ne savons pas encore quoi faire de notre vie et qu'elle direction lui donner... Repartir? “Ca” n'a plus de sous, surtout depuis le licenciement. Déménager et aller élever des biquettes dans un trou perdu en France? “Ca” y pense. Tout revendre ici et créer un autre projet de vie ailleurs? “Ca” y réfléchit. Le tout est de trouver NOTRE solution, celle qui satisfera tous les membres de la famille, qui, bien entendu, pour compliquer encore les affaires, ont des aspirations différentes.

Ce qui est certain, c'est qu'il est urgent pour nous d'arrêter un projet.

Ce qui est certain également, c'est que sans nos amis, nous ne serions plus là. Parce que si nous avons perdu bons nombres d'amis d'avant, nous en avons rencontré d'autres qui sont formidables.

Merci donc à nos parents, à mes frères et à ma belle-soeur. Merci aux autres voyageurs, passés, présents ou futurs avec qui ont peu passer des heures à se souvenir. Merci à Valérie, Selim, Petra, Michel, Valérie, Brigitte, Florence, Christian, Carine, Marie, Laureline, … Et tout ceux que j'oublie.

Merci pour tout et surtout, merci d'être simplement présents.

 

 

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